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Majeure 53. Histoires afropolitaines de l’art

La critique d’art et l’Afrique – Pensées pour un nouveau siècle

«  À l’époque, j’avais pris ce que beaucoup considèrent comme une position pure et dure, intransigeante, en faisant valoir que les questions de l’état de la critique d’art en Afrique devaient être laissées aux Africains. Je pensais également que cette entreprise devrait être menée, idéalement, en Afrique. Alors, l’idée même de discuter de la critique d’art et de l’Afrique, à Londres ou à New York, ne me semblait pas particulièrement appropriée. Elle ne me le semble toujours pas. » Cette conférence prononcée en 1996 par l’artiste, historien de l’art et commissaire nigérian Olu Oguibe, devant la Conférence de l’Association Internationale des Critiques d’Art, à Londres, esquisse un état des lieux prospectif pour la critique d’art africaine.

Art Criticism and Africa
Thoughts toward
a New Century

“At the time, I had taken what many saw as a hardline, uncompromising position in arguing that the business of the state of art criticism in Africa should be left with the Africans. It was my opinion, too, that this business is one that ideally should be conducted in Africa. The very idea of discussing art criticism and Africa in London or New York did not seem particularly appropriate to me then. Neither does it now. It is, I believe, a reflection of the sad state of that continent and its leaders that five years on it has fallen on us again to speak about art criticism and Africa outside the continent.” Olu Oguibe. Keynote speech delivered at the International Association of Art Critics Conference, Courtauld Institute, London, November 1996.

« Enraciné dans, mais pas limité par » Les black artistes contemporains et l’évolution des conditions de la représentation

La Blackness a été et est toujours en vogue au début du xixe siècle, non seulement dans la culture populaire, mais aussi dans les arts, qui reproduisent de façon synchronique des stéréotypes classiques sur le corps Noir. Cet article vise à explorer les difficultés et les subtilités d’un art « post-black », introduit comme concept curatorial en 2001. Le « Post-black » est intrinsèquement lié à l’Expérience Noire, qui n’est pas seulement limitée à des revendications politiques mais offre une perspective élargie des pratiques esthétiques qui n’ont pas été prises en compte dans la vision dominante et étriquée sur l’art des artistes Noirs. Le « Post-black » décrirait donc un autre genre de blackness que celle qui était représentée auparavant, une différente performance de la différence au sein d’une « multiplicité de multiplicités ». Nana Adusei propose ainsi d’envisager la création d’une différence différente qui a toujours fait partie de la discussion sur la blackness depuis les origines de la réflexion intellectuelle Noire.

“Rooted in, but not restricted by”
Contemporary Black Artists and the Changing Conditions of Representation

Blackness was and is still en vogue in the beginning of the 21st century, not only in popular culture but also in the arts, which synchronically reproduces classical stereotypes about the Black body and challenges Black artists and scholars not to fall into already established counter-discourses but rather expand the repertoires of representations. This article thus aims to explore the difficulties and intricacies of the idea of post-black art and its curatorial legacy, which was introduced as a curatorial concept in 2001. Additionally, it examines the option of opening up the debate into a wider discourse of identity politics, their various meanings, limitations and promises for the contemporary. The article is framed by a series of questions that are fundamental to understanding the complexity of the idea of post-black. Nana Adusei-Poku foregrounds the discussion with the general considerations “What is post-black art?” and “What is meant by ’black’in post-black art?”

L’image théorique ou l’artiste face à l’Histoire

Ce texte entend démontrer la dimension théorique de l’œuvre d’art en prenant appui sur le Butcher boys de Jane Alexander. L’indétermination formelle que suscite cette œuvre est mise en rapport avec l’ambivalence telle qu’envisagée par Homi Bhabha dans la théorie déconstructionniste. Après avoir montré l’influence du poststructuralisme sur le postcolonialisme, l’auteur s’appuie sur l’hypothèse selon laquelle la problématique de l’ambivalence et la critique de la temporalité sont les deux points d’ancrage qui placent Butcher boys au centre du discours deconstructionniste postcolonial. C’est ainsi que l’œuvre est analysée par rapport au Temps, à la Mémoire et à l’Histoire et mise en relation avec les événements historiques déterminants de l’Afrique du Sud. L’auteur dégage ce qu’il nomme une corporéité de la mémoire comme support d’une écriture de l’histoire.

Theoretical image or the Artist facing history
This paper attempts to demonstrate the theoretical nature of artwork from Jane Alexander’s Butcher boys. The formal indeterminacy of this artwork is related to the ambivalence as mentioned by Homi Bhabha about deconstructionist theory. The author underlines the influence of poststructuralist theory on postcolonial discourse and considers the hypothesis that the problem of ambivalence and the critic of temporality are the main ideas that get Butcher boys in the center of postcolonial deconstructionism. From this point of view, the artwork is analyzed in relation to Time, Memory and History in view of South Africa’s historical events. The author demonstrates what he names the corporeity of memory as the support of making history.

Malaise dans l’authenticité – Écrire les histoires « africaines » et « moyen-orientales » de l’art moderniste

Sandy Prita Meier examine les chevauchements et les divergences qui ont façonné le modernisme « africain » et « moyen-oriental » au sein de la discipline de l’histoire de l’art. Elle analyse les multiples façons dont les curateurs, critiques et universitaires ont fait un usage de la catégorie de « modernité » au cours des deux dernières décennies. Meier met en évidence le modèle des « modernités multiples » comme position stratégique à la fois pour « exciser l’inquiétude continue à propos de la catégorie d’“ authenticité” » et dépasser la dichotomie « particularisme et universalisme » à laquelle l’enquête historiographique de l’art est trop étroitement mariée.

Authenticity and Its Discontents
Making Modernist Art Histories “African” and “Middle Eastern”
In her article, Sandy Prita Meier establishes some of the central theoretical concerns that frame this issue, particularly noting the overlaps and divergences that have shaped “African” and “Middle Eastern” modernisms within the discipline of art history. She rereads the multiple ways in which, curators, critics, and scholars have contended with questions surrounding the “modern” over the last two decades. Meier highlights the “multiple modernities” model as a strategic position for both excising the continued anxiety about “authenticity” and moving beyond the “particularism and universalism” to which art historical inquiry is all too closely wedded to.

L’Art Society et la construction du modernisme postcolonial au Nigeria

Cet article se concentre sur le travail de l’Art Society, groupe artistique formé au Nigeria (1957-1961), comme première manifestation significative d’un modernisme postcolonial, envisagé comme ensemble d’attitudes formelles et critiques adoptées par les artistes africains et noirs à l’aube de l’Indépendance politique du Nigeria. L’Art Society a souligné l’importance des ressources artistiques locales dans la réalisation d’un travail résolument moderniste, modèle esthétique qu’il a théorisé sous le nom de synthèse naturelle. La logique sous-jacente à la synthèse naturelle était basée sur la notion dialectique de réconciliation entre deux esthétiques opposées (les traditions de l’art africain et de l’art occidental). Quoique typique de l’avant-garde du début du xxe siècle, la synthèse naturelle n’était ni un appel à une rupture totale avec la tradition coloniale, ni une déclaration de rejet par l’artiste de la modernité occidentalisée en retournant à une culture indigène authentique et imaginaire.

The Art Society and the Making of Postcolonial Modernism in Nigeria
This essay focuses on the work of the Art Society – a group formed by art students at the Nigerian College of Art, Science, and Technology, Zaria (1957-61) – and suggests that the work of its key members in the 1960s was the first significant manifestation of postcolonial modernism in Nigeria. Postcolonial modernism, the essay argues, refers to a set of formal and critical attitudes adopted by African and black artists at the dawn of political independence as a countermeasure against the threat of loss of self in the maelstrom unleashed by Western cultural imperialism and its aftermath. In defining their relationship with European and African artistic heritages, the Art Society and other postcolonial artists emphasized the importance of local and indigenous artistic resources in the making of their decidedly modernist work. The essay details the convening of the postcolonial literary and artistic avant-garde at the Mbari Artists and Writers Club, Ibadan, Nigeria, in the early 1960s and claims that their modernism was directly linked to the practice and rhetoric of political and cultural decolonization and sovereignty.

La diaspora des images de l’Afrique

Que se passerait-il si nous commencions à considérer les objets d’art d’Afrique comme étant eux-mêmes une diaspora, par opposition à la conception traditionnelle des diasporas qui concerne la dispersion des personnes, à travers le globe, avec leurs spécificités culturelles ? Cet essai propose de conceptualiser une histoire des objets d’art africains en les pensant comme véhicules, à travers le temps et l’espace, des « diasporas d’images ». John Peffer propose en effet d’examiner la production d’objets visuels en Afrique comme objets en mouvement, qui articulent des histoires et des zones culturelles disparates. En cela, il propose d’envisager un continuum pour des arts catégorisés, ailleurs, soit comme « traditionnels » soit comme « contemporains ».

Africa’s Diasporas of Images
This essay addresses the concept of a history for African art objects by thinking them across space and time as vehicles for “diasporas” of images. John Peffer proposes a consideration of African art from the perspective of diaspora, as objects in motion, and as objects that articulate between and across disparate cultural histories and the cultural zones of others. In the process, John Peffer attempts to bridge the continuum spanning arts otherwise categorized as “traditional” or “contemporary”.

Historiographie de l’art, depuis l’Afrique

Depuis la fin des années 1980, la reconnaissance croissante, sur les scènes «  globales » de l’art, d’artistes contemporains d’origine africaine, longtemps négligés, a largement été coupée – en France particulièrement – de la réception de ressources discursives et pensées théoriques sur l’art, venues d’Afrique. Cet article s’intéresse à l’émergence dans les années 1990, d’un «  nouveau discours africain » porté par une génération de commissaires, historiens et théoriciens de l’art, qui aura choisi, en premier lieu, de réévaluer les modernités artistiques africaines. Il met en relief la géographie paradoxale de cet «  espace discursif africain », où plusieurs spatialités se superposent (celles de discours très mobiles – portés par des revues d’histoire et théorie de l’art, plateformes curatoriales ou éducationnelles nomades, basées dans les métropoles de la diaspora ou implantées sur le continent le temps d’une biennale – et de revues, institutions académiques, centres d’art, musées continentaux plus enracinés).

Art Historiographies from Africa
Since the late 1980s, the growing recognition, on the global art scene, of long neglected contemporary artists of African origin went hand in hand with an exaltation of multiculturalism, erasing the borders which divide the art world. The reception granted to these artists, in particular in France, was severed from the reception of the theoretical resources which reframed art from an African perspective. This article introduces a wider project of translation of historiographic discourses and African views on art, documenting the emergence, in the 1990s, of a “New African discourse” on art, carried by a generation of curators, historians and theorists who chose to reevaluate the various trends of modern African art.