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54. Multitudes 53-54. Automne 2013

Majeure 54 - Chine 3.0

Le futur de la Chine contribue déjà à façonner la planète, en semblant défier nos schèmes habituels de pensée. S’agit‑il d’une nouvelle voie du capitalisme, imagine la majorité, ou du socialisme, se demandent encore certains ? Ce dossier prend ces questions à rebours en s’efforçant de faire connaître des regards autochtones : ce sont pour une fois des universitaires chinois qui parlent de la Chine, offrant au lecteur français une entrée privilégiée dans les argumentations internes à la sphère politique et aux acteurs étatiques.

Fragments politiques et économiques de Chine

Les auteurs insistent sur la diversité des points de vue des auteurs chinois du numéro et sur le caractère central de la construction de l’État providence, ce qui différencie la Chine du Brésil par exemple. Ils croient, à la différence de François Godement, à des contradictions majeures qu’on verra émerger tôt ou tard, liées à des problèmes démographiques comme le vieillissement de la population, ou sociaux comme le rôle des femmes ou les conflits ethniques, ou à l’usage croissant des nouvelles technologies de communication. Les modèles culturels globalisés véhiculés par les réseaux sociaux, s’ils sont encore marginaux, ont une certaine emprise, comme le montre le développement des ONG.

Political and Economic Fragments from China
Through the diverse views presented by the Chinese authors gathered in this issue, a crucial question emerges: that of the construction of a Welfare-State, which sets China apart from Brazil, for instance. Disagreeing with François Godement, the authors believe that major contradictions will sooner or later emerge, linked to demographic issues such as the ageing of the population, or to social issues such as the place of women or ethnic conflicts. The globalized models of sociality carried by social networks, while still marginal, are an increasingly important factor, as demonstrated by the development of NGOs.

Entretien avec François Godement (Asia Centre)

Les questions ouvertes par vos correspondants ont été refermées depuis la fin de 2012. Le Parti et l’État sont parvenus à mettre la conjoncture économique sous contrôle au prix d’un renforcement de la censure, d’un étouffement des mouvements sociaux et d’un semblant de redistribution. Mais pour la Chine, l’essentiel, ce sont les marchés extérieurs. Une économie dans laquelle les ménages épargnent la moitié de leurs gains n’est pas fondée sur la consommation de masse. C’est l’État qui a su gérer la formidable augmentation des investissements dans les infrastructures et le bâtiment, dont profite surtout l’élite. La question de l’environnement est nouvelle et fait peur ; elle est traitée en termes de responsabilité individuelle.

Interview with François Godement
The questions raised by the previous contributions have been closed to public debate since the end of 2012. The Party and the State manage to keep their grip on the economic situation thanks to a strengthening of censorship, repression on social movements and an appearance of redistribution. What is essential for China, however, are the foreign markets. An economy where households save half of their income is not based on mass consumption. The State was successful in managing the tremendous expansion of investments in infrastructure and real estate, to the advantage of a small elite. Environmental issues are new and generate many fears, mostly to be treated on the basis of individual responsibility.

La protection sociale en Chine Nouveau Grand Bond en avant

Depuis le début du xxie siècle, la Chine essaie de construire un marché social qui pallie les effets de l’économie de marché. L’État a organisé des transferts sociaux pour lutter contre les inégalités régionales et la pauvreté des ruraux. 59 millions de pauvres urbains bénéficient d’un revenu minimum d’existence garanti. 800 millions de Chinois bénéficient d’un système d’assurance santé, en voie d’extension dans les zones rurales. Les trois régimes de retraite couvrent 80 % de la population adulte de plus de 16 ans. Des aides au logement ont été mises en place. En douze ans le budget consacré à la protection sociale a été multiplié par 10 et fait maintenant 10,5 % du PIB.

Social Protection in China
The New Great Leap Forward
Since the beginning of the 21st century, China attempts to construct a social market which remedies the effects of the market economy. The State has set in place social transfers to reduce inequalities among regions and between town and country. 59 million urban poor benefit from a guaranteed subsistence income. 800 million people have access to health coverage, which is extending towards rural areas. Three retirement plans cover 80 % of the population over 16 years old. Housing subsidies have also been developed. Within 12 years, the budget devoted to social protection has been multiplied by a factor of ten, currently reaching 10.5 % of the GDP.

La révolution industrieuse et la prospérité commune

La révolution industrieuse des pays asiatiques s’est appuyée sur la force des bras et a donc eu une grande capacité redistributive. C’est l’augmentation du revenu et du bien-être des populations qui est le moteur. C’est ce qui donne aux régions défavorisées leur capacité de résistance à la crise. Il faut déplacer vers elle le centre de gravité du pays et les inclure dans le nouveau modèle de développement. Mais on devra affronter le problème ethnique des non Han plus présents dans ces régions, et les différences de modèles culturels : les régions côtières sont plus occidentalisées.

Industrious Revolution and Common Prosperity
The “industrious revolution” in Asian countries relied on physical labor and had therefore a major redistributive potential, increasing incomes and welfare, which provided less developed regions with a greater capacity to resist crises. New models of development must be re-centered around these internal regions, which will need to devote greater attention to cultural differences, since their non-Han populations are less Westernized than in the coastal regions.

Pourquoi la Chine a-t-elle pu éviter de tomber dans les « pièges du développement » ?

L’énigme chinoise, c’est qu’à partir de 1950, la Chine a pu rembourser ses dettes et consacrer ses moyens à sa propre croissance. C’est le monde rural qui a absorbé les crises cycliques liées à la présence du pays sur le marché mondial. D’où le renouveau d’intérêt du gouvernement pour les zones rurales dans le contexte de crise mondiale et l’investissement dans le bien-être de la population dans son ensemble.

How did China Manage to Avoid Development Traps
The Chinese enigma goes back to the 1950s, when China managed to reimburse its debt and to invest in its own growth. The rural sector has absorbed the cyclical crises linked to connections with the global market. Hence the renewed attention devoted by the government to rural territories, in the context of a global economic crisis, as well as the investment in the welfare of the whole population.

L’urbanisme et la nouvelle « Trinité » – Étude de cas : Shanghai

Depuis la fin des années 1980, l’État a réinstauré le marché immobilier. Ce marché lucratif et spéculatif crée une nouvelle hiérarchie dans la classe au pouvoir. L’espace public urbain a été fortement réduit. L’espace commercial a fortement augmenté, ainsi que l’espace d’habitat qui mixte commerces et logements dans des cités fermées à l’homogénéité sociale garantie par le prix. Il en résulte un ethos citadin caractérisé par la lassitude et la soumission. Les publicités immobilières montrent que ce sont les promoteurs qui maintenant gouvernent la vie.

Urbanism and the new Trinity
A Case Study in Shanghai
Since the end of the 1980s, the State has reintroduced a market-based real estate sector, which has generated profit, speculation and a new hierarchy among the ruling classes. Public space has been reduced, commercial space increased, as well as the socially homogeneous areas, with a high price tag filtering access, where housing coexists with shopping spaces. The result is submission and tiredness among city dwellers, with ads showing how much control the real estate sector has taken over people’s lives.

Quel nom : nouveau travailleur, travailleur rural ou classe ouvrière ?

Les travailleurs qu’on rencontrait dans les villes chinoises, assignés juridiquement à résider dans les campagnes, pouvaient être dits ruraux. Aujourd’hui, on rencontre plutôt des travailleurs qui se disent citadins, mais qui ne sont pas pour autant ouvriers d’un point de vue culturel et politique. Leurs actions de résistance contre l’exploitation dans le travail sont réelles mais sporadiques. Ils ne sont pas capables d’utiliser les médias comme les nouveaux pauvres des pays occidentaux. Ils ne bénéficient pas des avantages matériels de la vieille classe ouvrière chinoise. Leur présence témoigne du fait que la production économique n’est plus aussi dépendante de l’État.

How Are We to Name Them: Rural Workers or Working Class?
The workers one used to meet in Chinese cities, judicially bound to live in the countryside, could be called “rurals”. Nowadays, one meets workers who claim to be city-dwellers, but who are no “workers” from a cultural and political point of view. Their modes of resistance against exploitation are real, even though sporadic. They haven’t learnt to use the media as the new poor did in the West, nor do they benefit from the material conditions of the older Chinese working class. Their presence bears witness to the diminishing role of the State in the economy.

La postmodernité de Xibaipo et l’aube de l’histoire universelle

D’après Toynbee, la postmodernité se caractérise par la montée de la classe ouvrière sur la scène politique et l’adoption de la modernité occidentale par les intellectuels non occidentaux. Mais pour le poète Olson, la postmodernité est post-occidentale. Deux Chinois assistaient à la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’homme, et ont influé sur sa rédaction. L’histoire universelle a besoin de la diversité.

Xibaipo’s Postmodernity and the Dawn of a New Age
According to Toynbee, Postmodernity is defined by the coming to power of the working class on the political scene and by the adoption of Western modernity by non-Western intellectuals. But according to the poet Olson, postmodernity is post-Western. There were two Chinese among those who wrote the Universal Declaration of Human Rights. Universal history needs diversity.

Introduction

Comment s’articulent la participation de la Chine à l’expansion du capitalisme mondial et son appartenance à un modèle de développement non occidental, a priori contradictoire ? Quand le Parti communiste chinois veut raccorder la Chine avec le monde, il s’agit de la raccorder à l’expansion du capitalisme, raccord que défendent culturellement les Chinois enrichis. Mais le choix n’est peut-être pas le même sur le court ou le long terme. C’est ce dont débattent, à partir de positions différentes, les six auteurs chinois réunis ici.

Introduction
How can China articulate its participation in the expansion of global capitalism with its inheritance of a non-Western (and potentially contradictory) model of development? When the Communist Party wants to plug China with expanding global capitalism, it is supported culturally by the newly rich segments of the population. But the options may vary whether considered in the short or in the long run. This is what is debated by the six Chinese authors gathered in the issue of Multitudes.

Mineure 54. Luttes de classes sur le web

Peut-on encore parler d’« exploitation » lorsqu’on passe de l’usine à la tablette numérique, et du salariat au free labor ? Si oui, alors qui exactement exploite qui ? Comment nommer les nouvelles classes qui émergent à travers le web ? Comment repérer et interpréter leurs nouvelles formes de luttes ? Ce dossier essaie de cartographier les réalités émergentes que sont le « playbor », l’« idéologie digitaliste », la classe « vectorialiste », l’« exploit » ou le « capitalisme mental » qui sert de corollaire à « l’économie de l’attention ». Nous avons besoin d’un nouveau vocabulaire pour identifier de nouvelles réalités.

Y a-t-il une araignée sur la toile ?

Les discours dénonçant actuellement un retour de manivelle des mécanismes d’exploitation et des luttes de classes sur un Internet qu’on aurait assimilé trop rapidement à un vaste espace de liberté relèvent d’une mélancolie qui passe à côté des véritables nouveautés du capitalisme cognitif. Ils confondent exploitation et domination, et occultent la régression de la domination en soulignant la résurgence de nouvelles exploitations. Ils ratent également la spécificité d’une forme d’exploitation qui porte sur des intangibles et sur une puissance d’invention vouée à échapper à ce qui l’emprisonne.

Is There a Spider on the Web ?
Recent talks about a backlash of exploitation and class struggles on the Internet appear as a self-defeating form of melancholy, which misses the real novelties of cognitive capitalism. They tend to confuse domination with exploitation : even if the latter is coming back, domination is on the decrease (as epitomized by the feats of Julian Assange and Edward Snowden). They also misconstruct the nature of exploitation under the regime of cognitive capitalism, which needs to extract surplus value from the capacity to invent, and not only to labor, a fact which considerably alters the distribution of power in class struggles.

De l’exploitation à l’exploit

Dans leur livre The Exploit. A Theory of Networks, Alexander Galloway et Eugene Thacker montrent en quoi les protocoles consistent un nouveau paradigme de contrôle et d’exploitation à l’âge de la biopolitique. Pour contrer les effets d’homogénéisation et de soumission induits par cette nouvelle forme de pouvoir, ils invitent à développer des interventions relevant de « l’exploit » : exploiter les failles des protocoles pour y insérer des virus ou pour y cultiver des formes de non-existence déjouant les dispositifs qui permettent aux réseaux de nous exploiter. Alicia Amilec présente leur cadre de pensée, en explicite les enjeux et en tire des raisons de préférer les perspectives de liberté aux lamentations sur les déconvenues d’Internet.

From Exploitation to the Exploit
In the 2007 book The Exploit. A Theory of Networks, Alexander Galloway and Eugene Thacker show how protocols bring about a new paradigm of control and exploitation in the age of biopolitics. Against such tendencies, they invite us to develop “exploits” : to exploit the flaws in existing protocols, to invent forms of nonexistence which, like viruses, counter-exploit the protocols that allow capitalism and the military-entertainment industry to exploit us. Alicia Amilec presents their arguments, sheds light on their broader stakes and invites us to consider perspectives of empowerment rather than laments over the commercialization of Internet.

Capitalisme mental

La publicité constitue une forme d’occupation et d’exploitation de notre ressource la plus précieuse, notre attention, laquelle est en passe de devenir une forme de capital tout aussi déterminante dans nos logiques socio-économiques que la forme argent. Les technologies de l’attraction développées à une échelle industrielle par les mass-medias (d’abord analogiques, puis désormais numériques) entraînent la mise en place d’un nouveau type de « capitalisme mental ». Dans cet article qui résume l’ouvrage qu’il lui a consacré, Georg Franck propose toute une batterie de concepts et de principes, à la fois puissants et fins, pour analyser les nouveaux modes d’exploitation et les nouvelles sources de conflits sociaux qui se mettent en place à cette occasion.
Mental Capitalism
Commercial advertisement occupies and exploits our most precious resource, our attention, which is about to become a form of capital as important in our economic calculations as money itself. Technologies of attraction developed on an industrial scale by the mass-media (first analog, then digital) bring about a new form of “mental capitalism”. In this article, which synthetizes the book he devoted to this topic, Georg Franck provides a whole range of concepts and principles in order to help us analyze the new modes of exploitation, along with the new sources of social conflicts, raised by mental capitalism.

Nouvelles stratégies de la classe vectorialiste

Les nouvelles luttes de classes relatives à la propriété de l’information opposent désormais la classe des hackers, qui créent, inventent, explorent, découvrent, à la classe vectorialiste, qui, en s’étant approprié l’accès aux vecteurs de communication, dispose seule des moyens de réaliser la valeur de ces créations. Les pratiques des réseaux libres, la spontanéité du travail gratuit, l’analogie du jeu : tout cela semblait jouer contre les anciennes formes de pouvoir vectorialiste, mais se trouve désormais mis au service de nouvelles formes d’exploitation. Seul un financement universel de nos besoins sociaux fondamentaux peut assurer la reproduction de nos biens intellectuels communs.

New Strategies of the Vectorialist Class
New class struggles around ownership of information oppose the Hacker class, which creates, invents, explores, researches, discovers, to the vectorialist class, which privatizes access to the vectors of communication and circulation, and which is alone in position to realize the value of such creations. Practices of free networks, spontaneous free labor, and “playbor”, which worked against old forms of vectoral ownership, are being re-appropriated by new forms of exploitation. Only a universal financing of our basic social needs can guarantee the reproduction of the commons.

Digitalisme – L’impasse de la media culture

Matteo Pasquinelli dénonce l’idéologie « digitaliste » qui fait naïvement d’Internet un espace ouvert d’émancipation et d’égalité. Une telle vue ignore les asymétries et les parasitismes dont se nourrissent les nouvelles formes de capitalisme. Copyleft, creative commons et échanges de pair-à-pair doivent entre analysés de façon critique comme contribuant à de nouvelles formes d’exploitation de nos forces productives communes. De nouveaux outils plus discriminants, comme le copyfarleft de Dmytri Kleiner, doivent être mis au point pour rediriger la puissance commune des internautes vers le soin des communs.

Digitalism
The Impasse of Media Culture
Matteo Pasquinelli denounces the “digitalist” ideology which presents Internet as an open space of emancipation and equality. Such a view ignores the asymmetries and parasitic forms of behavior late capitalism feeds upon. Copyleft, creative commons and peer-to-peer exchanges must be analyzed and criticized as inducing new forms of private exploitation of our common intellectual resources. New tools, like Dmytri Kleiner’s copyfarleft, must be developed in order to redirect our common work towards a proper care of the commons.

Économie de l’attention et nouvelles exploitations numériques

Cet article fait le point sur quelques nouvelles formes d’exploitation rendues possibles par Internet. Des travailleurs intellectuels sont mis en concurrence directe depuis les quatre coins de la terre ; le travail gratuit fourni par des fans ou des bloggeurs se trouve récupéré dans des entreprises commerciales ; l’internaute auquel on fournit un service gratuit se trouve devenir lui-même la marchandise dont des multinationales tirent leurs profits. À l’horizon de ces nouvelles exploitations apparaît la reconfiguration générale induite par le déploiement d’une économie de l’attention.

The Attention Economy and the New Forms of Digital Exploitation
This article offers a survey of various new forms of exploitation made possible by Internet. Crowdsourcing enlarges competition among intellectual workers ; free labor is re-appropriated by corporations ; we become the product when services are provided “for free”. The attention economy lurks at the horizon of such new developments, requiring new concepts and new tools in order to understand how it upsets traditional views of exploitation.

Icônes 54

Icônes 54

ZUZHI BIRD HEAD TOF

Identités multiples à Shanghai – À propos de BIRD HEAD, TOF et ZUZHI

Le marché de l’art contemporain n’est pas apparu en Chine simplement avec une manière particulière de produire, de vendre et d’acheter des œuvres. Il s’est imposé, récemment, en monopolisant l’espace de visibilité des communautés artistiques, en colonisant les institutions (musées, écoles) et en installant comme naturelles et intemporelles ses valeurs et ses modes d’évaluation. La […]

Hors-champ 54.

Le face-à-face citadins/nature

La protection de l’environnement peut-elle être justifiée par des considérations esthétiques, telles que la beauté des animaux, ou des paysages ? Ou bien doit-elle obéir à une éthique environnementale scientifique ? Ou bien dans l’éthique du care se préoccuper de prendre soin ? Il faut reconnaître la co-appartenance des êtres vivants dans un même cadre matériel, l’entretien de leur solidarité à travers les âges, la nécessité de former des valeurs communes à partir de pratiques différentes. Ces questions sont examinées dans plusieurs cas : le rapport à l’animal de compagnie, l’expérience botanique d’un artiste refusée par un musée comme ne relevant pas de l’art, l’invention de formes écologiques refusées par le public comme technocratiques.

Face-to-Face betweenCity-Dwellers and Nature
Can environmental protection be based on esthetic considerations, such as the beauty of animals or landscapes? Or should it be grounded in scientific environmental ethics, or in an ethics of care? The crucial point is to acknowledge the co-belonging of many living beings within a single material environment, to maintain solidarity among generations, and to elaborate common values generated from a diversity of practices. Such principles are observed on three cases: urban relations to pets, an artistic experiment in botanic rejected by a museum as non-artistic, the invention of ecological forms rejected by the public as technocratic.

De la neutralisation comme mode de gouvernement

La démocratie moderne est à la fois inclusive, intégratrice, et exclusive de tout ce qui résiste à l’inclusion. Mais la normalité n’est-elle pas de se situer dans l’entre-deux ? C’est ce que font les technologies de maintien de l’ordre et leurs instruments d’une violence tout à fait graduée, que l’auteur nous décrit avec minutie. Mais la violence n’est pas la seule conduite possible dans cet entre-deux. Le pouvoir développe diverses manières de capturer l’intérêt en contraignant, de neutraliser l’opposition.

On Neutralization as a Mode of Government
Modern democracy is both inclusive and exclusive towards all the factors which resist inclusion and integration. Normality, however, consists in being located in-between. The author describes in details technologies of repression and control which use extremely graduated forms of violence. Beyond violence, power develops many ways to capture interests by neutralizing – rather than repressing – opposition.

Les mutuelles de sans‑tickets – Émergence d’une infrapolitique

Cet article étudie les diverses façons dont des usagers des transports en communs s’organisent en collectifs pour inventer des moyens de se soustraire à une obligation de paiement qu’ils jugent inique. En formant des collectifs qui partagent les informations sur les contrôles de ticket, qui mutualisent le paiement des amendes et qui élaborent collectivement des dénonciations publiques de la politique des transports en communs, ils se situent à la limite entre l’action politique traditionnelle et un mode de résistance et d’esquive que l’auteure propose de qualifier d’infrapolitique. Cette catégorie est esquissée ici à partir d’une relecture quelque peu décalée de la définition qu’en donne James C. Scott.

Free-Riders’
Associations
An Emerging Infrapolitics
This article studies the various ways in which users of public transportation organize in order to dodge payment for a service which social justice would demand to be free. Within such collectives, they share information about controls, they mutualize the payment of fines, and they launch public campaigns against the current politics of public transportations. Such actions are situated on the borderline between traditional politics and what the author describes as an emerging form of “infrapolitics”, reframing the definition provided a few years ago by James C. Scott.

A Chaud 54

La première révolte de la multitude du travail métropolitain

Des manifestations massives de mécontentement tant à l’égard de la politique que de la politique économique se sont produites au Moyen-Orient, en Espagne, à Wall Street. Elles touchent désormais le Brésil. Pour quelles raisons ? Que représentent ces mouvements sociaux actuels ? Giuseppe Cocco : Disons tout de suite que ce qui caractérise ces manifestations, c’est qu’elles ne […]

Étudiant copie-blanche, qui es-tu ?

Un article du journal Le Monde révèle une des réalités actuelles des universités françaises, ici à Perpignan peut-être plus qu’ailleurs, les étudiants frauderaient les bourses. Des étudiants « opportunistes » utiliseraient depuis quelques années l’université comme source de financement, ne fréquentant ces lieux que pour signer les procès-verbaux d’examen, s’enrichissant par le travail au noir pour compléter […]

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