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48. Multitudes 48 (mars 2012)

Majeure 48. Contre-fictions politiques

Réalités, fictions, contre-fictions

Les fictions nous gouvernent de leur implacable réalité. Les Romains avaient leur louve, leurs haruspices, leurs empereurs divinisés, leurs apologues des membres et de l’estomac. Nous avons notre Marianne, nos taux de croissance du PIB, nos réalités augmentées et nos triples A de la finance. Depuis la fin du xviie siècle, toute une modernité critique […]

Contre-fictions : trois modes de combat

On essaie ici de définir la notion de contre-fiction en esquissant trois types possibles. Les contrefictions initiatrices nous permettent d’imaginer un autre monde possible qui, en suscitant notre désir, nous donne un recul critique sur le monde actuel. Les contre-fictions dénonciatrices s’insinuent dans la production des apparences pour court-circuiter la logique reproductrice du capitalisme consumériste. Les contre-fictions documentaires misent sur la charge de réalité captée par les enregistrements analogiques pour déjouer les clichés informant la programmation de notre réalité par la logique du spectacle.

Counter-Fictions: Three Types of Fights

This article attempts to define the notion of counter-fiction and to sketch three of their possible types. A counter-fiction is a narrative of various lengths carried by various supports (from a graffiti by Banksy to a novel by Wu Ming, from a hoax by the Yes Men to a film by Straub and Huillet) which introduces a fictional component into our actual world, in order to scramble, block or re-route the systemic reproduction of our reality.

Entre storytelling et contre-fictions

l’activisme mystificateur Le storytelling est à la mode. Depuis le best-seller de Christian Salmon consacré à la façon dont managers, politiciens et publicitaires nous « racontent des histoires » pour mieux exploiter notre force de travail, capter nos intentions de vote ou nos préférences de consommation, la méfiance règne envers des machines narratives identifiées à […]

Contre-fictions de soi : résister à la modélisation et à la modulation de la vie psychique

Résister à la modélisation et à la modulation de la vie psychiqueResituées dans le contexte du pouvoir pastoral théorisé par Michel Foucault, où le récit de soi fait fonction de technique de gouvernement, de nombreuses
contre-fictions méritent d’apparaître comme des archives d’un combat contre soi-même. Le changement de nom chez Genesis P-Orridge, la prise de drogue
chez William Burroughs, la danse épileptique chez Ian Curtis ou l’érotisation des accidents de la route chez James Ballard sont autant de contre-conduites
mobilisant la fiction pour opérer une transformation de soi de l’auteur et du lecteur-spectateur. Ces contre-fictions existentielles à vocation exemplaire constituent des résistances au contrôle, des actes de courage ouvrant un monde risqué qui échappe aux prévisions du système.

Counter-fictions of the Self

Resisting modelisation and modulation

Set against the background of Foucault’s pastoral power, where stories of the self are techniques of government, many counter-fictions deserve to appear as archives of a struggle against oneself. Genesis P-Orridge’s change of name, William Burroughs’s use of drugs, Ian Curtis’ epileptic dancing or James Ballard’s depiction of the eroticization of car crashes are to be seen as existential counter-fictions with exemplary value, as counter-conducts designed to resist control, as acts of courage opening to a risky world.

Agencements contre-fictionnels de littérature collective

Ils sont multiples. Ils publient des livres nombreux. Pas des publications d’avant-garde confidentielles : des romans qui gagnent des prix, des best-sellers traduits en plusieurs langues. Leurs identités sont opaques, leurs signatures miroitantes. Ils écrivent (ensemble ou pas) des fictions qui ré-écrivent notre monde (réel ?) à partir de décalages mineurs – petits décalages minorisants qui […]

Charismes du réel

L’oeuvre d’art à l’époque du marketing et du spectacleLe monde qui semble aujourd’hui s’imposer dans sa vérité est celui qui se donne, en même temps, avec un surplus de réalité (de proximité, de vie ordinaire, de banalité) et un surplus de fiction (de spectacle, de lueur médiatique, d’évasion onirique). Dans ce régime de vérité hybride, la réalité
est essentielle, car seule la proximité mimétique avec l’homme ordinaire donne à l’acte culturel toute sa force de séduction ; mais la réalité n’arrive à séduire que si – grâce à son exposition médiatique – elle se déréalise en quelque sorte, en se revêtant d’une certaine « aura ». Le problème est que ce charisme de la réalité, effet de la mise en spectacle industrielle de la réalité elle-même, se présente aujourd’hui comme une exigence propre tant à l’homme de la politique qu’à l’homme de la culture. Comme le montre l’exemple de l’Italie, la convergence obscure d’un populisme spécifiquement politique et d’un populisme plus généralement culturel rend le problème actuel du populisme d’autant plus profond et redoutable.

Charismas of the Real

The Work of Art in the Age of Marketing and Spectacle

Today’s world imposes itself with a surplus of reality (proximity, ordinary life, banality) and with a surplus of fiction (spectacle, mediatic light, dreamlike entertainment). In this regime of hybrid truth, reality is essential, since only the proximity with ordinary life provides cultural action with its force of seduction; but reality can please only when de-realized by its mediatic exposure and supplemented by a certain “aura”. This charisma
of reality imposes itself to political as well as cultural agents. The case of Italy shows the obscure convergence between a political and a cultural form of populism, making it all the more formidable.

Fendre le possible

Les expériences du collectif Action30 C’est dans le contexte problématique décrit par le texte de Pierangelo Di Vittorio dans ce même dossier, à cheval entre une interrogation politique et une interrogation technique, qu’est né dans le courant des années 2000 le collectif Action30. Il s’agit d’un groupe de graphistes, photographes, dessinateurs, vidéastes, musiciens, chercheurs, journalistes […]

Contr(ôl)e-fiction : de l’Empire à l’Interzone

Le succès de la notion de « contrôle » proposée par Deleuze, puis développée par Negri et Hardt, tend aujourd’hui à escamoter son origine littéraire, l’oeuvre de William S. Burroughs. Or, la logique du Contrôle chez l’écrivain américain repose sur la même représentation ambivalente du pouvoir comme emprise, consistant à faire de la liberté accordée à chacun le levier par lequel agir sur ses actions possibles. Restaurer cette filiation burroughsienne du Contrôle permet d’en valoriser la dimension contrefictionnelle : dans un monde sans « dehors », des pratiques comme le cut-up ou le simulacre réinventent notre capacité d’action.

Counter-Fiction/Controle-Fiction: from Empire to Interzone

The success of the notion of “control” proposed by Deleuze and later developed by Negri and Hardt tends to obliterate its literary origins, i.e., the work of William S. Burroughs. Yet, the American writer’s logic of Control is based on the same ambivalent representation of power as a hold, according to which freedom is a mere lever destined to act upon an individual’s possible actions. Restoring this Burroughsian filiation of Control emphasizes its counter-fictional dimension: in a world deprived of any Outside, practices such as cut-up or simulacrum reinvent our capacity to act.

Dollhouse-Bildungsroman et contre-fiction

La dernière œuvre en date du génial auteur de séries télévisées Joss Whedon, Dollhouse, a eu une vie bien trop brève (2 saisons, 2009-2010) mais reste intellectuellement et moralement marquante. D’abord par le dispositif audacieux de la série : des humains « poupées » au service de la maison du même nom, auxquels on imprime […]

Fictions et contre-fictions de l’âge du cyborg

L’analyse détaillée d’un jeu vidéo grand public récent qui met en scène la question de l’homme augmenté dans le futur proche de l’année 2027, Deus Ex, Human Revolution, permet de décrypter les ressorts fictionnels de notre imaginaire des nouvelles technologies. Car la technoscience capitaliste transforme littéralement le monde en une sorte de fiction opérationnelle, de laboratoire à ciel ouvert où se testent in vivo des rêves issus de la science fiction. D’où l’importance de répondre à ces fictions en actes par des contre-fictions de toutes natures, littéraires, cinématographiques, vidéoludiques ou artistiques, qui s’imprègnent de cet imaginaire futuriste pour mieux en détourner
les formes et les messages.

Fictions and Counterfictions in the Age of the Cyborg

This analysis of the popular videogame Deus Ex, Human Revolution, which stages augmented human beings in the year 2027, deciphers the fictional imaginary of our new technologies. Capitalist technoscience transforms our actual world into an operational fiction, an open lab where sci-fi dreams are tested in vivo. It is all the more important to respond to such operating fictions, in literature, cinema, videogames, plastic and performing arts, with counterfictions designed to infiltrate and re-route the forms and messages of this futuristic imaginary.

This Spartan Life, un machinima au Congrès

Parce qu’ils utilisent des espaces virtuels 3D temps réel, mais qu’ils en changent la perspective au moyen d’une stratégie artistique, les machinimas permettent une distance critique vis-à-vis d’un monde simulacre. Ils brouillent les frontières entre fiction et réalité et redéfinissent les contours du pouvoir de transgression des jeux vidéo. « Là où le monde réel […]

L’imagination crépusculaire

Fictions, mythes et hallucinationsStorytelling et autres histoires à consommer debout : les fictions du capital semblent se caractériser par une forclusion du fond nocturne de l’imagination. Testant sur ce point l’idéalisme allemand, j’appelle imagination crépusculaire ce qui préside à la formation des mondes, aux créations mythologiques comme aux œuvres cinématographiques. Si les fictions du capital savent exploiter certains effets de cette imagination, elles ne sont pas en mesure d’en libérer la charge – qu’il nous revient d’endosser, esthétiquement et politiquement, au nom d’une économie psychique de la contribution imaginative laissant une place à la passivité comme au sans-image.

Imagination at Dusk

Fictions, Myths and Hallucinations

Storytelling and other unbelievable stories: the fictions of capital seem to be characterized by a foreclosure of the dark essence of imagination. Rebounding non German idealism, I call twilight imagination that which governs the formation of worlds, mythological creations and cinematographic
works. If the fictions of the capital know how to exploit some of the effects of imagination, they are not able to release its load. e have to aesthetically and politically take responsibility for this load in the name of a psychic economy of imaginative contribution leaving a place to passivity and darkness.

Graffitis contre-fictionnels

Le graffiteur Banksy intervient dans des espaces publics en y insérant des objets visuels qui brouillent les frontières du licite et de l’illicite, du propre et de l’impropre, de l’affichable et du refoulé. Avec chaque intervention, il esquisse une contre-fiction qui passe d’abord inaperçue, ne se révélant qu’ultérieurement être une bombe narrative à retardement. Il […]

Mineure 48. Fukushima : voix de rebelles

Penser Fukushima avec Guattari

Intériorités extranéisées ; extériorités rebelles aux réductions signifiantes univoques. Peuple des surfaces engendrant de nouvelles profondeurs, de sorte que le dedans et le dehors n’entretiennent plus les rapports d’opposition exclusive auxquels les occidentaux sont accoutumés et que les matières signalétiques propres à la texture de la subjectivité se trouvent inextricablement liées aux composantes énergéticospatio-temporelles du […]

La fronde japonaise des amateurs vue par un militant de Rennes

En 2007 est paru un article de l’activiste japonaise Karin Amamiya dans la revue Courrier International. Sous le titre « Japon : La jeunesse se rebelle », l’article de la jeune femme s’intitule « Les premières bourrasques de la colère ». Elle y évoque un mouvement, La Grande Fronde des Pauvres (Shiroto No Ran), et […]

L économie japonaise aujourd hui, entretien avec Sébastien Lechevalier

Interview par Anne QuerrienMultitudes : Vous venez de publier un livre intitulé La grande transformation du capitalisme japonais. Votre titre évoque celui de l’ouvrage de Polanyi, et la mutation des rapports entre économie et société en laquelle a consisté l’émergence du capitalisme. Mais cette soumission de la société au capital est-elle encore de mise après […]

Fukushima dans son contexte global

Propos recueillis par Anne QuerrienJe suis occupé par un projet collectif de livre autour de Fukushima qui va sortir à Bruxelles aux Éditions du Souffle, avec Nicolas Prignot, Alain Brossat et Patrick De Vos pour éclairer l’accident de Fukushima sur différents aspects : philosophique, sociologique, politique, économique, historique, juridique, médiatique. Les autorités affirment avec insistance […]

Note de lecture : Ryoko Sekiguchi, Ce n est pas un hasard, Chronique japonaise, POL, Paris, octobre

Poétesse japonaise en exil à Paris, traductrice, Ryoko reçoit le tremblement de terre et le tsunami comme une répétition, quelque chose à quoi nous sommes habitués, et qui pourtant va prendre un caractère singulier, culminer dans l’accident nucléaire. Elle décide de tenir son journal, de suivre la nouvelle au jour le jour. Elle s’étonne de […]

Ci-gît l’Etat

Ci-gît l’État
Alors qu’avant Fukushima les mouvements japonais naissants s’affirmaient soucieux de définir de nouveaux modes de vie, de nouvelles communautés, depuis Fukushima le constat de l’incapacité de l’État à protéger la population fait germer un désir de soulèvement. Cependant les manifestations sont récupérées par les vedettes médiatiques, et les organisations mafieuses s’occupent de recruter et contrôler les « liquidateurs ». L’austérité produite tant par la crise économique que par la fermeture de nombreuses centrales nucléaires présage d’un avenir « sombre ». Thierry Ribault a réalisé la plupart des interviews qui suivent.

May the State Rest In Peace
Even before Fukushima, Japanese movements defined new lifestyles and new communities. After Fukushima, the inability of the State to protect the population turned into a desire for revolt. However, the events are recuperated by stars and mafia organizations involved in recruiting and controlling the “liquidators”. The austerity produced both by the economic crisis and by the closure of many nuclear power plants forecasts a dark future. Thierry Ribault realized most of the interviews that follow.

J’aide à partir ceux qui veulent partir, mais je veux aussi aider ceux qui restent là-bas

Fondatrice de l’association des Réfugiés de Fushikima, Yuko, qui vit maintenant à Kyoto, explique à Nadine Ribault les difficultés qu’il y a eu à prendre la décision de partir. Elle vit dans un logement social dans une cité avec d’autres réfugiés. Elle songe à repartir. Elle se demande comme beaucoup d’autres ce qu’on va faire des déchets nucléaires : les concentrer dans la région de Fukushima et elle aura tout perdu ou les répartir dans tout le Japon et il ne restera plus qu’à partir plus loin encore.

I help those who want to leave but I also want to help those who remain there
Founder of the Association of Refugees of Fushikima, Yuko, who now lives in Kyoto, talked to Nadine Ribault about the difficult of deciding to leave. She lives in social housing in a city with other refugees. But she is also considering the possibility to leave. She wonders, like many others, what will be done with nuclear waste: concentrate them in the Fukushima region and she will have lost everything; or spread them all over Japan, and there will be no other choice than leaving further away.

Pour l’Etat japonais, l’ennemi ce sont les habitants des régions contaminées

Ryoto, âgé de 30 ans, est déjà un vieux militant pacifiste, et le représentant du syndicat des freeters, travailleurs précaires qu’on trouve surtout dans l’informatique et les nouveaux secteurs. Il lutte contre la désinformation de la population et a établi sa tente devant le siège de TEPCO. Le gouvernement ne déplace pas les gens pour ne pas contaminer les autres. Une alliance est nécessaire avec tous ceux qui sont concernés, les travailleurs du nucléaire, les femmes de Fukushima, les réfugiés pour mettre le gouvernement et TEPCO devant leurs responsabilités.

For the Japanese Government, the People in Contaminated Areas are the Enemy
Ryoto, 30 years old, is already an old peace activist, and the union representative of freeters, precarious workers in computing and the new sectors. He struggles against the disinformation of the population and pitched his tent in front of the head office of TEPCO. The government does not move people to prevent further contamination. A movement is needed with all those concerned, nuclear workers,

On ne peut pas protéger les gens contre la réalité

La responsable de l’ONG Green Action Japan explique l’action des Femmes de Fukushima contre le nucléaire. Il s’agit d’un sit-in de femmes de toutes les régions du Japon devant le ministère de l’Éducation pour exiger que le gouvernement réduise l’exposition des enfants aux radiations dans la région de Fukushima par des travaux ou par une évacuation vers d’autres régions. Le Haut commissariat aux droits de l’homme de l’ONU a été appelé à l’aide, mais à la date de l’interview la réponse se fait attendre.

We cannot Protect the People against Reality
The head of the NGO Green Action Japan explains the action of the Women of Fukushima against nuclear power. This sit-in of women from all parts of Japan in front of the Ministry of Education demands that the government reduce the children’s exposure to radiations in the region of Fukushima. The High Commissioner for Human Rights was asked to help, but at the time of these interview the UN response is delayed.

Je suis contre le nucléaire

mais la logique des anti-nucléaires à Tokyo n’est pas la mienne
Sociologue et membre de No Vox international, Nanako s’intéresse aux femmes migrantes et, depuis l’accident de Fukushima, aux femmes et aux personnes qui y vivent encore malgré la contamination. Ses étudiantes originaires de Fukushima estiment ne pas pouvoir se désolidariser de leurs pères que l’abandon du nucléaire condamnerait à la mort physique s’ils étaient assignés aux travaux de liquidation, ou à une mort sociale s’ils abandonnaient leurs emplois dans le nucléaire.

I am against Nuclear Power but the Logic of the Anti‑nuclear Activists in Tokyo is not Mine
Sociologist and member of the No Vox International, Nanako looks at migrant women, and since the accident in Fukushima, at those who still live there despite the contamination. Her students from Fukushima feel that they can not leave their families. The abandonment of nuclear power would condemn them to physical death if they were assigned to the work of liquidation, or to a social death if they left their jobs in nuclear power.

Ne vous inquiétez pas, ce ne sont pas de mauvais types

Hijame Matsumoto a fondé en 2005 un mouvement intitulé « La fronde des amateurs » dans le quartier Koenji où on trouve les puces de Tokyo. Takuro Higuchi est sociologue et membre de la Fronde. Ils gèrent quelques boutiques et un bar. Malgré les liens qu’ils ont établis avec d’autres mouvements dans le monde, ils sont relativement pessimistes sur les perspectives d’activisme au Japon. Ils ont pris l’initiative d’organiser les manifestations après Fukushima, mais sont très conscients de leurs limites, du savoir-faire d’une police qui n’a pas peur d’eux.

Don’t Worry, they’re no Bad Guys
Hijame Matsumoto founded in 2005 a movement called “The Rebellion of Amateurs” near the Tokyo flea market. Takuro Higuchi is a sociologist and member of the movement. They manage a few shops and a bar. Despite the links they have established with other movements in the world, they are relatively pessimistic about the prospects for activism in Japan. They took the lead in organizing demonstrations after Fukushima, but they are very aware of their limitations, in front of a police force that is not afraid of them.

J’agis en citoyen du monde sans lien à la nation

Compositeur de musique, Wataru s’est résolu à s’installer à Fukushima pour y créer le premier Laboratoire citoyen d’étude de la radioactivité. Son association en a créé depuis une vingtaine d’autres au Japon. Il aide les gens à continuer à vivre en prenant les précautions indispensables, car les gens ne veulent pas partir. Lui non plus ne croit guère à l’efficacité des mouvements antinucléaires tokyoïtes. Ses réflexions sur les contradictions inhérentes à la position d’expert bénévole sont particulièrement intéressantes.

I Act as a Citizen of the World Unrelated to the Nation
Composer, Wataru decided to settle in Fukushima to create the first citizen of laboratory of radioactivity studies. His association has been emulated by twenty others in Japan. It helps those who do not want to leave, to take the necessary precautions, in order to stay there. He doesn’t believe in the effectiveness of anti-nuclear movements of Tokyo.

Que les antinucléaires participent à l’arrêt du nucléaire dans les centrales !

Takero s’est fait embaucher par TEPCO dans la centrale de Fushukima Daini, sœur jumelle de la centrale accidentée, avec le projet de syndicaliser les travailleurs qui sont pour l’instant le meilleur soutien du nucléaire. Les travailleurs viennent de la région, et l’électricité alimente Tokyo. Le travail est intermittent pour éviter un niveau trop élevé de radiations, la protection sociale est faible. Les déchets du nucléaire devraient être répartis dans tout le Japon pour ne pas condamner complètement la région de Fukushima, déjà parente pauvre du Japon.

Let Anti-Nuclear Activists participate in Liquidating the Power Plants
Takero got a job with TEPCO in Fushukima Daini, twin sister of Fukushima Daichi, with the pro-ject to unionize the workers who are currently the best support of nuclear power companies. The workers come from the poor region, while the electricity supplies the better-off in Tokyo. The work is intermittent to avoid a high level of radiation, and social protection is weak. He suggests that nuclear wastes be spread throughout Japan in order not to condemn the sole Fukushima region, which is already Japan’s poorest, to carry the burden of the catastrophe.

Icônes 48

Ezaokup, Thomas Hirschhorn, Emmanuelle Lainé Quand la sculpture devient vraiment sociale… La rubrique Icônes du numéro 48 de Multitudes interroge la notion de « sculpture sociale » au travers des interventions de trois artistes venant d’horizons très différents. Tous trois partagent un même désir « social », de présence au coeur de l’espace public, voire de dialogue avec les citoyens… Mais tous trois, par leurs oeuvres et leurs réflexions parfois renversantes, mettent en formes et en images les ambiguïtés de cette figure de l’artiste créateur de lien social. De ce trio improvisé, Thomas Hirschhorn est le plus connu au niveau international pour ses « sculptures sociales ». À son portfolio répondront en échos ceux du collectif Ezaokup entre Bruxelles et Kinshasa ainsi que d’Emmanuelle Lainé, autour de son projet avec le Parc Saint Léger et le Centre hospitalier spécialisé de la Nièvre.

Confusion / New Order?

De Hanovre à Kinshasa en passant par Nevers, les œuvres réunies dans le numéro 48 de Multitudes évoquent le chaos, c’est-à-dire selon la définition du Littré : « 1. Dans la théologie païenne, confusion générale des éléments avant leur séparation et leur arrangement pour former le monde. 2 Fig. Toute sorte de confusion. » Outre leur goût prononcé […]

Thomas Hirschhorn

Emmanuelle Lainé

Ezaokup

Porte à porte, Couloir Mituna, Si Foot = Néolibéralisme, Établissement néolibéré

À chaud 48, printemps 2012

L’Europe du XXIe siècle sera-t-elle stoïcienne ?

Cette question peut sembler hors sol dans le contexte actuel. Récession économique, rupture du pacte social, crise de légitimité avec comme arrière-fond une imbrication de crises d’envergure mondiale. L’Union européenne subit un ébranlement sans précédent dans l’histoire de sa construction. Alors que les gouvernements font mine de se préoccuper du sort de l’Euro, la réponse […]

La grandeur démocratique de l’école

Les attaques systématiques du gouvernement contre la vieille école républicaine n’affirment pas seulement une défiance, elles confirment une réorientation : les enseignants ne sont pas invités à élargir le champ de leurs centres d’intérêts, ou à redéployer les activités qu’ils mènent avec leurs élèves comme les plus mobilisés d’entre eux le faisaient les décennies passées. […]

Prenons soin des putes

On ne peut qu’être consterné par l’actuelle polémique sur la prostitution, qui oppose celles/ceux qui la voient comme « un travail comme les autres » (position libérale) à celles/ceux qui la voient comme « une violence à abolir » (position abolitionniste). Cette alternative réductrice ressortit à un moralisme que le féminisme a pourtant toujours voulu […]

Hors-champ 48.

La dette, la vie et la mauvaise économie

Éloge intempestif de la dette
À qui, à quoi sert ce consensus sur le coupable tout trouvé à la crise quasi-systémique que nous frôlons avec délice et frisson ? En ces temps de bigoterie financière, Multitudes fait l’éloge de la bonne dette pour se débarrasser de la mauvaise. Cet article, volontairement polémique, démontre que la dette est non seulement une force de vie et une condition de transformations sociales, mais aussi un levier de pouvoir politique, que les multitudes doivent apprendre à s’approprier.

In Praise of Debt
Who benefits from the consensual moralistic attack on debt? Instead of condemning it altogether, this article attempts to distinguish good debt from bad debt. It suggests that debt is not only a force of life and a condition for the emergence of the new, but also a form of political leverage which the multitudes should learn to exploit.

Éloge intempestif de la dette
À qui, à quoi sert ce consensus sur le coupable tout trouvé à la crise quasi-systémique que nous frôlons avec délice et frisson ? En ces temps de bigoterie financière, Multitudes fait l’éloge de la bonne dette pour se débarrasser de la mauvaise. Cet article, volontairement polémique, démontre que la dette est non seulement une force de vie et une condition de transformations sociales, mais aussi un levier de pouvoir politique, que les multitudes doivent apprendre à s’approprier.

In Praise of Debt
Who benefits from the consensual moralistic attack on debt? Instead of condemning it altogether, this article attempts to distinguish good debt from bad debt. It suggests that debt is not only a force of life and a condition for the emergence of the new, but also a form of political leverage which the multitudes should learn to exploit.